Aujourd'hui pas question de mes oeuvres, mais plutôt de mes coups de coeur, mes réflexions et mes coups de gueule.

D'abord le coup de coeur : le peintre brestois Paul Bloas. Je ne vais pas en faire une biographie, il a un site officiel pour cela. C'est mon mari (qui ne l'était pas alors) qui me l'a fait découvrir en 1998, quand j'étais étudiante en Ethnologie à la Faculté de Brest. Il m'a dit "viens voir, j'ai une suprise pour toi!", et on est allés voir sur un parking un peu à l'écart les peintures murales de Paul Bloas. Et plus tard, dans nos pérégrinations citadines, on en a découvert d'autres. Voici quelques photos de 1998

Pour ceux qui connaissent Brest -qui est une ville formidable magré ses allures de ville reconstruite style stalinien- Paul Bloas a réalisé la grande fresque sur la façade du Grand large, sur le port de commerce.

Alors étudiants tous les deux en Ethnologie, on était allés le voir pour un entretien pour notre revue associative de la fac. Sa démarche d'inscription dans l'espace urbain nous intéressait. Son "captage" de l'histoire et de l'ambiance des lieux, qui donne naissance à ses grands personnages peints sur papier et collés sur les murs, à la portée des éléments naturels et des réactions des passants me passionnait, et me passionne toujours. Donc nous sommes allés le voir dans son atelier brestois.

De cet interview il nous est resté un enregistrement sur magnétophone, jamais retranscrit, mais conservé précieusement, et cette phrase qui m'est toujours restée : " Quand on aime une ville, on n'aime pas la ville pour ce qu'elle est, on aime les villes pour les gens qu'on y rencontre". C'est tellement vrai ! Paul Bloas a peint sur les murs de la prison de Pontaniou, à Brest, avant sa fermeture : peintures poignantes dans un livre qui reprend ses expériences à Berlin-Belgrade-Budapest- Brest, "La réussite de Boris", 1993, aux éditions Dialogues. Entre 1998 et 2003, il s'est rendu à Madagascar, expérience reprise je crois dans un DVD avec en fonds sonore des musique de Noir Désir : tant de bonheur, est-ce possible ? Je ne l'ai pas encore acheté, je ne sais pas si c'est à la hauteur de mes espérances.... Dernièrement j'ai repris quelques photos à Brest, pour suivre les traces de son passage... par exemple sur les murs de la fac du centre-ville

Eté 2008, nous sommes allés voir une expo au phare d'Eckmühl, à Pennmarch, sud Finistère : que de force dans les personnages, souffrance souvent, mais bonheurs aussi... Voilà mon coup de coeur !!

Pour continuer dans l'art, maintenant ma petite phase "réflexions". Passionnée, inutile de le rappeler, par les arts primitifs, depuis longtemps je recherchais un livre sur l'origine des pigments utilisés dans les oeuvres, et des explications sur le choix des couleurs, et leur signification. Difficile à trouver... et là je suis tombée sur "Formes et couleurs" éditions du Musée Dapper, 1993. Bien sûr, ce n'est pas un livre qui se lit d'une traite, analyses croisées de la philosophie de l'Art et de l'anthropologie culturelle, autour de la problématique "reconnus principalement pour la richesse inventive des formes, les arts africains accordent-ils un rôle au jeu des couleurs ?" Je n'en suis qu'au début du livre, mais déjà j'en ai retenu un aspect fondamental : aujourd'hui, quand on utilise une couleur, bleu, orange ou vert, on l'achète parce qu'elle nous plaît, qu'elle rend bien, qu'elle est à la mode,... on achète donc la couleur pour la couleur, ou parce qu'elle nous évoque un objet, ou un lieu en rapport avec la couleur : la mer, une prairie, le soleil,... mais jamais nous utilisons cette couleur pour la matière dont elle est faite. Je ne possède pas le langage des spécialistes, je vais donc citer cette explication p 7 du livre : "c'est à travers l'acte de peindre que la couleur est conviée à devenir un signe ; son référent est identique à la substance utilisée pour la coloration" . La couleur prend sa signification par rapport à la substance utilisée, et non -ou pas seulement- pour sa nuance chromatique, et par lrapport aux fonctions associées à cette substance, par ce qu'elle véhicule. Je ne sais pas si c'est clair, voici ce qu'en disent les auteurs p 8, en se basant sur des aspects de la culture de Fon du Bénin :" le prêtre d'une divinité ou le devin qui demande pour accomplir un sacrifice du kaolin blanc, de l'argile rouge ou de la suie ne vise nullement à évoquer dans l'esprit de son interlocuteur les concepts de "blanc", de "rouge" ou de "noir" mais des réalités socioculturelles ayant des fonctions précises dans une vision du monde où la symbolique prend toute son importance. La couleur peut être interprétée aussi sur la base de quelques caractéristiques ou sur la correspondance de certaines qualités du référent. Dans cette perspective, le blanc dans l'art urhobo, prend valeur d'un signe conventionnel qui a pour référent le kaolin." Voilà deux masques de l'ethnie Kongo du Congo/Zaïre présentés p 32 et 33 de l'ouvrage, pour illustrer le propos. Ils sont constitués de bois, pigments, et l'un des deux a également des fibres et de la peau de lézard.

A méditer donc... à notre époque où on utilise une couleur pour une autre, répandant sur nos murs des produits chimiques qui polluent notre intérieur comme notre environnement... voilà je termine comme toujours par ma petite sonnette d'alarme écolo !

Mais je n'en ai pas terminé avec ma petite note écolo, voilà le moment du coup de gueule, ou plutôt des deux coup de gueule. Je n'ai pas beaucoup parlé de mon séjour en Guyane. Voilà bientôt un an qu'on est partis, et avec le temps les expériences décantent, la réflexion s'aiguise en prenant de la distance avec les événements. Premier coup de gueule d'abord contre le mépris pour la situation des amérindiens en Guyane.Bien sûr Sarkozy est allé à Camopi l'année dernière, a fait mille promesses qu'il ne tiendra pas -et la situation restera la même : rivières polluées, je dirais même "tuées" par les rejets de l'orpaillage, mépris pour la croissance des suicides et morts violentes en pays amérindiens : alcool, drogue, chocs culturels, désoeuvrement, effets contestables du RMI,... mais on s'en fout : mieux vaut continuer à faire des reportages sur les amérindiens du Brésil, plus facile d'aller voir ce qui se passe à côté que de régler la situation dans notre propre pays ! Nous avons la chance, le privilège d'avoir dans notre pays, certes en outremer, mais en France tout de même, d'avoir encore plusieurs milliers d'amérindiens, entre 6000 et 9000 (il est difficile d'avoir des chiffres précis), c'est une richesse culturelle immense, et rien n'est fait pour la mettre en valeur. Y a-t-il une personne référence au gouvernement pour les affaires amérindiennes ?? Je ne parle pas d'un Ministère, comme au Brésil, ne rêvons pas... Je vais me renseigner plus avant. Si quelqu'un peut me démentir, j'en serais ravie, mais je doute... En attendant, voilà une photo aérienne de la rivière Camopi, au sud-est de la Guyane, en face du Brésil.

c'est frappant, non ? d'un côté la rivière claire, propre, de l'autre la bouillasse polluée et dangereuse des rejets de l'orpaillage. Quand on sait que les amérindiens se nourrissent beaucoup de la pêche (en plus du gibier chassé dans les forêts), qu'ils s'y lavent, bref que c'est un élément fondamental de leur quotidien, avez-vous encore envie d'acheter des bijoux en or ? quand on voit les trouées faites dans les forêts par les sites d'orpaillage

quand on sait qu'orpaillage rime avec clandestins, prostitution, drogue, violence, et épidémies de paludisme (contre quoi je rappelle qu'il n'y a aucun vaccin, et qu'il n'y a pas qu'en Afrique qu'on meurt de paludisme, mais là aussi on s'en fout du paludisme en Guyane, après tout qui y met les pieds ? Sarkozy avait pris ses médocs pour 3 jours, il avait d'ailleurs l'air un peu malade, mais revenu à Paris, il a oublié..) donc en sachant tout ça, moi j'ai décidé de ne plus acheter d'or : tout comme le diamant, l'or s'extraie de la misère des hommes, de leur exploitation.. je ne vois pas en quoi c'est un matériau noble ?

Dernier coup de gueule, toujours à props des amérindiens, mais c'est autant valable pour les amérindiens de Guyane que ceux du Brésil, tout comme je pense les amérindiens d'autres pays d'Amérique latine, et d'autres peuples migrants, vivant de part et d'autre de frontières mouvantes et imposées par l'administration, ne signifiant rien d'autre pour eux qu'un fleuve à traverser pour aller à l'abattis (champ cultivé), voir de la famille... Voilà donc une photo aérienne de Saint- Georges, en dehors du Bourg, là où vivent des petites communautés d'amérindiens, en famille, français ou brésiliens, en tout cas amérindiens. Au premier plan la France, en arrière plan le Brésil.

Le Brésil à la portée de quelques coups de pagaies ou de moteur. La ville la plus proche, à 10 min en pirogue, Oiapoque, et à 10 heures de bus (au minimum), Macapa, la capitale de l'état de l'Amapa, région Norte. Et entre les deux, des villages amérindiens, souvent protégés par la FUNAI, Fondation brésilienne pour les amérindiens. De chaque côté du fleuve, des Indiens Palikur, et Galibi, entre autres. Aléas économiques, questions familiales,... ils se retrouvent à voyager, migrer, et accoucher de part et d'autre de la frontière. Et les ennuis commencent. Je ne m'étendrai pas sur le sujet, mais de part et d'autre les autorités leur refusent souvent la nationalité, beaucoup se retrouvent sans papier, clandestins (la nécessité de demander des papiers d'identité étant déjà une notion complexe pour eux)... Autre problème: des familles dont les parents sont amérindiens, nés au Brésil, avec tout au mieux une carte de séjour... (encore valable ?) certains de leurs enfants ont eu la chance -je dis ça pour leur avenir, et tous les enjeux que ça représente, comme juste le fait de pouvoir aller à Cayenne, aller au lycée à cayenne-, de naître côté français, et d'autres, peut-être que la mère était partie voir de la famille au Brésil..., sont nés au Brésil. Comment vont-ils faire ? Pourquoi les amérindiens vivant dans cette situation ne bénificient-ils pas d'emblée d'une double nationalité, s'ils la demandent ? Brésiliens et français... Car la frontière ne signifie rien pour eux. Et pourquoi est-ce aussi difficile pour eux d'obtenir leurs papiers d'identité, pourquoi sont-ils souvent reçus avec mépris à la préfecture, voire renvoyés tout bonnement chez eux -et ça c'est du vécu- pour une raison obscure, alors qu'ils ont dépensé entre 80 et 100 euros pour le taxi collectif ? C'est comme ça que dans une famille que j'aime particulièrement, dont on voit ici 3 des 5 enfants (je crois qu'il y en a 2 autres plus âgés, et un bébé à naître en mai), Berlindo (surnommé Brasil, ça ne s'invente pas), Anelka plus jeune, et Darlène

et bien seul Anelka est né en France. Sa petite soeur et sa soeur aînées sont aussi nées en France, mais Berlindo et Darlène sont nés au Brésil... alors qu'ils ne parlent pratiquement brésilien, qu'ils sont élèves en primaire et au collège, français, de Saint Georges, et que Darlène est intelligente, intéressée, et que je ne sais pas quoi faire pour les aider...

Voilà, fantezi est marrante, facétieuse, mais elle sait aussi penser et pousser ses coups de gueule quand il le faut.

tchau